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Mystic rythm…

Assis sur sa chaise au paillage essoufflé. Ses chaussures en faux croco battent la mesure de son génie. La folie bat son plein autour de lui maintenant.

Il est sorti il y a deux minutes de sa cahute avec son siège à la main, dans une rue passante, bruyante, grouillante, brouillonne. Il a tranquillement posé sa scène à quatre pieds patinés au milieu du trottoir et a sorti ce qu’il tenait sous son autre bras. Il s’est installé en douceur, a placé l’objet entre ses cuisses et l’y a calé fermement.

Puis ses mains usées aux doigts noueux se sont élevées au dessus de l’instrument de sa passion. Il a jeté un coup d’œil à l’assemblée affairée qui lui rendit un regard intrigué. Ses grandes pattes se sont levées dans le soleil de cette fin d’après midi, puis se sont abattus sur les bongos aux flancs décolorés, lançant un « ping » claquant qui sembla figer la rue tout d’un coup. Comme par magie.

Les gestes suspendus, les têtes tournées brusquement, toutes les attentions fixées comme par un appel primale.  D’un son, il les a accrochés par le bout du coeur, par le creux du ventre. L’air s’électrisa en une fraction de seconde.

Clak ! Tatatatam tatam tatatam ! Un appel, un filet à instinct et soudain le déluge d’énergie. Le rythme éclate en rebondissant entre les murs surchauffés de la rue. Des cris se font entendre en ponctuation du sortilège que lance le vieux musicien. Une femme lance un cri strident, le signal.

Aussitôt, les jeunes comme les vieux, les enfants et les parents se lancent des regards pétillants. Les pieds tapent la mesure sur la terre battue. Les hanches oscillent, les mains se choquent, les têtes dodelinent.

Ça y est, un couple s’élance devant le percussionniste. Ils ont le diable au corps ces deux là. Ils ondulent, s’accrochent et se détachent avec fougue. Sa robe flotte au gré de ses voltes. Ses pieds suivent une chorégraphie compliquée et tout son corps exprime une sensualité animale. Lui, sa chemise largement ouverte, la saisit par la taille avant de la lancer dans un tourbillon furieux qui bouscule les spectateurs qui hésitent encore.

En revenant au centre, elle saisit par la main un grand père qui ne cache pas sa joie de rentrer dans la danse ainsi escorté. Tous se jettent maintenant sans retenue dans le flot de musique frappée . Chacun son style, chacun sa manière. Certains dansent seuls, d’autres à deux ou en groupes. Les rires sont sur tous les visages, on chante, on s’appelle, on siffle les gracieuses jeunes filles qui roulent avec virtuosité. Les plus jeunes gesticulent comme de petits démons dans les jambes des grands, agitant frénétiquement bras et jambes.

Le vieil homme ruisselant de sueur sur ses percussions modifie délicatement son phrasé pour enflammer plus encore les esprits. On s’agite, on crie. Les esprits partent dans un même élan. On s’élève on s’oublie. Rien d’autre ne compte que  la musique, ce rythme endiablé, mystique. Cette litanie engourdis les âmes et les corps se meuvent seuls à présent. La transe est générale, la foule tourbillonne et le musicien, les yeux clos, tourne la tête de droite et de gauche pour accompagner chaque nouvel impact de ses mains sur les peaux.

Après un immense moment de fièvre, il entame une dernière envolée percussive annonçant la fin du morceau. Les danseurs redoublent d’ardeur pour l’ultime instant, l’apothéose, l’orgasme musical, l’abandon définitif à la débauche d’énergie collective.

Puis le percussionniste s’interrompt brusquement, monte une dernière fois les mains bien haut, se lève de sa chaise en regardant de ses yeux exorbités l’heureux chaos qu’il a créé et retombe de tout son poids, les deux mains sur les cercles de ses bongos magiques, frappant le point final du moment.

Tous crient, se congratulent, applaudissent et tournent leur regard vers l’artisan de cet instant de merveilleuse folie. Il est courbé sur ses vieux bongos, la tête sur les genoux comme épuisé par le voyage.

Une jeune femme s’approche pour le féliciter, passe sa main autour des épaules du vieux bonhomme pour lui parler  à l’oreille et se recule d’un coup, horrifiée. Il glisse lentement au sol à bas de sa vieille chaise de rotin fatigué comme pour aller se coucher une dernière fois.

Pendant cette fraction de seconde, la jeune femme regarde fixement sa propre main sans parvenir à dire un mot. Puis un cri retentit. Une autre vient de se charger de signaler la tache carmin qui grandit rapidement sur la chemise jadis blanche de l’artiste au niveau du coeur…

L’histoire d’amour entre un homme et sa batterie (elle et moi)

Alors voilà, ma batterie (la photo en dessous là) c’est comme un morceau de moi vous le verrez dans la vidéo en fin d’article.

15.01.2010

- Comme le texte est long, je vous propose un petit intermède musical avec ces quelques minutes de ma batterie :

Batteryves1
Batteryves2
Batteryves3

J’ai commencé par la rêver. Une première moitié de ma vie, je l’ai imaginée. Elle serait belle, je pourrai en jouer quand je le voudrais. Je pourrais y passer des heures et je deviendrais le meilleur batteur du monde (ça m’a pris à 4 ans et ça a eu du mal à me lâcher ça !). Depuis j’ai compris l’absurdité de la chose, mais en tout cas, c’était bien là.

Je jouerais devant de milliers de personnes dans des salles immenses et tout le monde danserais sur mes rythmes.

En attendant, je faisait mes premières « gammes » assis sur un annuaire, et frappant sur un seau tendu de chatterton marron ! Que personne ne rie, c’était ça la batterie de mes rêves à l’époque. Depuis, je tape sur tout et n’importe quoi. Comme quoi, ça laisse des traces !

Je vous passe mon enfance bruyante allé, enfin, jusqu’à…

…13 ans, un événement allait bouleverser ma vie – une fois de plus. C’est fou le nombre de trucs qui vous bouleversent la vie quand on y réfléchit non ? – un déménagement. Dans une maison. Avec un garage :-D

Un beau matin ensoleillé de fin d’été, nous partîmes… trois, jusqu’à Lyon et son magasin de musique spécialisé en batteries et percus. Dans une poche, plus de billets que je n’en avait jamais vu : 4000 francs oui Monsieur (600 € les jeunes) !

Quelques heures après, nous revenions avec une sublime batterie rouge brillant Capelle, sa grosse caisse, ses trois tomes, sa caisse claire en acier ses accessoires ainsi qu’un charley et une ride (si vous avez des questions posez les en commentaires ^^).

Batterie 2

Je n’oublierai jamais l’odeur de cet instrument neuf. Les rayons de soleils qui jouaient à la surface de ce rêve enfin matérialisé. Je peux sans mentir affirmer qu’il m’a fallut trois ans pour ne plus descendre en courant au garage pour vérifier qu’elle était bien là.

Une ellipse de plus et nous arrivons à mes 16 ans. Année faste de mon premier travail d’été. En résulta l’achat de deux superbes cymbales crash brillantes tant physiquement que musicalement. La fierté de les avoir payées sans recours aux largesses calendaires programmées de ma famille étaient immenses.

Enfin, vint le grand jour où j’avais amassé suffisamment pour changer de caisse claire. La pièce maîtresse (l’une ?) d’un set, l’âme d’un son, la quintessence de la personnalité musicale d’un batteur.

Nous repartions à Lyon City, retrouvions le magasin spécialisé… et je prenais les choses en main. Direct dans l’auditorium du magasin, je plaçais la dizaine de modèles qui m’avaient fait de l’œil dans les rayons et commençait à les essayer. Méthodiquement. Avec amour et application. L’une après l’autre, je les plaçaient sur le pied du set de démonstration et les frappaient de toutes les façons qui m’étaient connues.

Je fini par prendre le fût jaune brillant de mille feux. Une merveille. Dès le premier coup de baguette, j’ai su que c’était elle. Ce son, ces harmoniques, ce toucher. Mes doigts couraient sur le peau sablée et ce simple contact produisait à lui seul un chant superbe.

J’avais trouvé mon son. Le son dont j’avais rêvé en écoutant les batteurs qui m’émouvaient. John Bonham, Ian Paice, Manu Katché (il m’est arrivé de passer trois heures d’affilé sur un seul coup de caisse claire de cet homme -là dans le live « All this time » de Sting avec ma clé de serrage et ma propre caisse claire)…

Depuis, je n’ai eu de cesse de régler l’orientation de chaque élément, la tension de chaque tirant, la position, la hauteur, l’inclinaison de toutes les parties de ma batterie. Tout y est passé. Pas un seul boulon qui ne m’ait présenté ses deux faces.

Et il y a quelques jours, j’ai résolu un problème purement technique qui me taraudait depuis 12 ans !!! l’autre moitié de ma vie !! Le lendemain, j’enregistrais grâce à un ami génial la vidéo que vous vous apprêtez à voir et qui rend justice à ces années de travail et surtout à ce rêve de gosse qu’est ma batterie. J’espère que ça vous plaira :)


Animal, comme le batteur des Muppet’s

Et ben ça y est, la musique revient au premier plan de mes préoccupations. Du coup, je me retrouve à tenter de me filmer en train de jouer et là… c’est un peu laborieux.

Vous verrez, sur cette vidéo, une image dégueu mais où on distingue quand même la raison du titre de cette vidéo et de ce billet. Quand je suis bien avec mon instrument, j’ai tendance à fermer les yeux et à m’agiter pas mal. Or, quand j’ai vu cette vidéo où je fais danser ma chevelure actuellement opulente, dans le rythme sauvage de mes spasmes sonores, je n’ai pas pu m’empêcher (pourquoi m’en serais-je empêché d’ailleurs ?) de penser au batteur des Muppet’s, très pertinemment nommé Animal !

L’espèce de boule de poils surexcitée qui cogne comme un sourd sur sa battante en remuant comme un dingue… ben j’ai eu l’impression de lui ressembler un peu ^^. Du coup, vous aurez d’une part une avalanche de percu et en prime un ballet capillaire du plus bel effet.

Bon je vous laisse zieuter tout ça :


Moi mais en batteur

Quelques vidéos récentes ou franchement pas, mais de moi et ma mauvaise manie de taper partout…

Furie percussive

Je vous le confiais il y a de cela quelques temps déjà, je suis batteur ! « Errare humanum est » comme dit le poète. Et dans mon cas, « perseverare diabolicum » vachement  parce que ça ne date pas d’hier.

Vous m’aviez vu taper sur des boîtes plutôt viles mais pas encore sur ma batterie, mon rêve de gosse (pas au sens québécois du terme), sur « ma deuxième femme » comme on l’a un jour nommée pour moi ^^ (je ne tape pas sur la première de toute façon). Et ben, ça donne ça :

Pour la petite histoire, ça faisait des semaines que je ne l’avais pas vue, ma belle batterie et je l’ai retrouvée comme un érotomane en phase terminale tombant dans un harem après une traversée du Sahara à la nage ! D’où peut être une légère euphorie et un sourire débile en toute fin de vidéo :-) .
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