Si j’avais eu une sœur, ça aurait pu donner ça :
« Vraiment mon ami, vous avez une mine désastreuse !
- Merci Marjolaine. Quels plus jolis mots peut-on espérer d’une sœur telle que vous…
- Absolument Théophile, mon bon Théo. C’est tout l’amour d’une sœur qui s’exprime par ma bouche. Comment pouvez-vous imaginer sortir dans le monde avec cette déplorable face. Regardez-vous !
- Non ma sœur, je ne le puis. Que voulez-vous, mon attention toute entière et mes réserves de lucidités sont inéluctablement happées par ce superbe spécimen d’herpès que vous arborez si fièrement à la bouche ce matin. N’espérez pas, dès lors, me voir encore prêt à suivre votre infatigable sens critique.
- Voyez-vous cela. Tant de délicatesse dans un si petit homme ! Je suis heureuse que vous ayez conservé la taille de vos quinze ans, savez-vous ? L’esprit aussi d’ailleurs. Je dirais qu’ainsi, dialoguer avec vous me repose.
- Et oui ma chère, je n’oublie pas comme une discussion construite fatigue vite votre cervelle déjà usée. Cela reste d’ailleurs un mystère pour moi. Ce n’est pourtant pas l’usage que vous en avez fait jusque là…
- Écoutez-le babiller le charmant enfant. On jurerai qu’il s’apprête à tout moment à formuler sa première phrase sensée… Et chaque fois on est déçu…
- Il est vrai qu’il n’est guère difficile d’incarner la fraîcheur et la jeunesse lorsque l’on est à vos côtés. Une affaire de contraste, sans doute.
- Sans doute oui. Difficile en effet de confondre l’élégance et la superbe d’une jeune femme dans la fleur de l’âge avec, hum. Et bien disons avec vous.
- Ce qui est prodigieux avec vous, Madame – hormis vos absences régulières et prolongées – c’est la capacité que vous avez eu à garder vos yeux d’enfant. D’ailleurs, ce nouveau monocle vous va à ravir… Tellement féminin !
- Alors ça y est, vous savez ce qu’est une femme ? Ça n’a pas été trop onéreux j’espère !
- Fort heureusement, Marjolaine, tout le monde ne pratique pas vos tarifs. Le jardinier s’en est encore plaint à Papa ce matin ! Soyez magnanime avec les domestiques…
- Un mot de plus et je vous écrase pauvre nain !
- Après moi le Déluge !
- Oui tant qu’on en serait aux catastrophes…
- Dommage que le prêtre s’en aille. Encore une minute et je lui trouvais une autre cliente.
- « La violence est le dernier refuge des incompétents »…
- Et les proverbes celui des simples d’esprit !
- Que vous êtes agaçant.
- Oui, je m’enrichit beaucoup à votre contact… »
- Si seulement ça pouvait être vrai !
- Hum, avec vous, aucun risque…
- Taisez-vous nabot, on vient. Oui, c’est Monsieur le curé, je crois qu’il en a fini avec Papa… Allons-y !







