Terreaux incognito

Jungle ~ by SBE
Jungle ~ by SBE

Je vous l’ai promis hier, j’ai rassemblé mes esprits, je les ai compté, j’ai pleuré, j’ai séché mes larmes, mais l’une d’elles m’a échappé. Elle est tombé sur une ligne d’encre noire tracée par mon fidèle stylo plume (ça fait dix ans qu’on se pratique). L’eau à fait baver l’encre. Un jolie tâche s’est formée en bout de ligne et j’ai vu…

Oui j’ai vu de mes yeux se dessiner lentement devant moi les contours découpés d’un vaste littoral encore inconnu. Cette tâche banale, devenait pour mon esprit – enfiévré par le transfert que je fais sur ma chère amie Nethie, partie aux confins du monde – et-que-j’aimerai-bien-être-à-sa-place-bordel – les côtes embrumées de quelque étrange ailleurs (comme dirait l’autre).

Songez donc un moment aux sensations incroyables que pouvaient ressentir les marins, voyant d’heure en heure, se dessiner sur l’horizon une ligne d’un noir d’encre. Cette ligne se découpant progressivement, pour devenir une haute falaise recouverte jusqu’à en déborder d’une végétation luxuriante et aromatique.

Après de longs mois à ne connaître que les embruns et le goût du sel, sentir enfin la terre. Et être saisit par les odeurs capiteuses et inconnues charriées par le vent. Et s’enivrer, toutes affaires cessantes de la vue d’une côte, d’une crique,  d’une plage de sable d’un blanc pur. Presque transparent. Et le fouler…

Sentir enfin ses orteils s’enfoncer dans cette fine poudre cristalline et chaude. Faire un feu et passer la nuit à chanter et boire… puis se mettre à l’écart de la fête et écouter. Écouter cette nuit dont on ne sait rien. Sous les constellations inédites, écouter le bruit des feuilles bruissantes de la forêt toute proche. Une forêt vierge. Écouter encore et percevoir les cris d’animaux jamais imaginés. Écouter toujours et sentir les déplacements furtifs d’un monde nocturne en plein effervescence. Fermer les yeux et goûter l’idée d’être le seul à avoir foulé cet espace… et dans l’idéal, n’en rien changer…

Et puis voir au matin le soleil se lever sur les brisants et prendre la décision d’avancer. Et malgré toute l’attirance que peut exercer cette terre nouvelle, avoir peur jusqu’au tréfonds de son être de ce que l’on pourrait trouver.

Et s’aventurer – le terme ne saurait être mieux employé – à travers les frondaisons sous une cathédrale de verdure. Voir encore le soleil glisser ses longs doigts de lumière à travers la canopée, puis ne plus les voir.

Jungle ~ by DarkCreek

Jungle ~ by DarkCreek

Les odeurs, les fleurs aux couleurs encore jamais vues, aux formes tantôt enchanteresses, tantôt inquiétantes de cet univers riche jusqu’à l’excès. Les singes qui hurlent loin au-dessus, les oiseaux aux couleurs bigarrés et aux chants omniprésents. Les serpents, insectes et araignées, gigantesques et effrayants. Être l’étranger, l’intrus, l’inconnu… et dans l’idéal l’accepter…

Et puis soudain, derrière un épais rideaux de fougères et de lianes entrelacées, découvrir un fleuve immense. Ses cataractes bruyantes et l’arc en ciel visible sous la chute d’eau dans l’air saturé de gouttelettes d’eau pure et fraîche.

Poursuivre sa route en nage. Explorer. Découvrir. S’émerveiller et craindre. Et puis trébucher. Se relever et deviner sous la mousse et les racines une pierre maçonnée… Sourire…

Jungle ~ by Gregmks

Jungle ~ by Gregmks

Images amoureusement récoltées sur DeviantArt

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  1. Par Twitted by rahan84 le 23 octobre 2009 à 00:35

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