Une belle plante et du suspense

Voici une nouvelle que j’ai écrite un soir après avoir déambulé un moment dans les jolies ruelles escarpées de mon ancien quartier, les pentes de la Croix Rousse à Lyon. Les réverbères façon becs de gaz et les pavés disjoints m’avaient mis dans un état un peu particulier. Et puis je suis passé devant un bar au nom évocateur…

Petit préambule :

Ceci est un avertissement à ceux qui aurait par le plus pur des hasards saisi la présente en étant conformistes, ultra rationnels ou simplement dépourvu d’humour et de fantaisie (si vous cumulez le tout, c’est dehors !). Ce que vous vous apprêtez à lire tient à peu près autant du traité philosophique que moi de mon coiffeur (j’en conviens, ‘faut connaître !).

Ceci n’a pour autre but que de vous faire saliver deux secondes pour vous laisser enfin, un sourire léger à la commissure des lèvres (ou un rictus appelez ça comme vous voulez), en pensant très fort à une phrase qui m’est désormais familière : “Pff qu’il est con çui là !!”.

Maintenant que tout le monde est prévenu, allons-y gaiement…

Je tiens aujourd’hui à vous parler d’un sujet qui me tient à cœur. Je vais même vous en faire partager la primeur et vous faire goûter le parfum suave du secret absolu.

Voilà ce que j’ai eu, il y a peu, l’occasion de voir alors que je me promenais sur l’avenue, le cœur ouvert à l’inconnu. J’avoue que ce jour là, j’avais un peu envie de dire bonjour à n’importe qui mais enfin… tout ça pour dire que, j’étais à ce moment, la proie rêvée du hasard puisque je ne me méfiais de rien.

Quand soudain… surgissant de nulle part ou en tout cas de plus loin que de mon champ de vision, je vis surgir un être bien étrange, vêtu comme il se doit de manière bien singulière et étant comme il se doit… rond comme une queue de pelle !

Le regard fuyant de qui a plus l’habitude de discuter avec Jacques et Daniel qu’avec une entité non liquide, il me demanda de son ton le plus aimable et de sa voix la plus douce (style ongles sur tableau noir ‘voyez ?) “s’cuz mec t’as pas une pièce ?”.

Devant tant d’originalité et de force de conviction je portais la main à la poche afin de récompenser le poète en question et surtout l’homme qui, malgré une cyrose chronique, avait le bon goût de ne pas lâchement achever le trou de la SECU qui doit bien être aussi mal en point que lui.

Me voyant en pleine action, l’éphèbe en question pris le risque insensé de faire une place dans des yeux façon carte de France, pour laisser poindre une lueur de reconnaissance dans son regard luisant comme une vitre de Mc Do.

Lui donnant obligeamment son obole, je le voyais en train de se creuser pensivement le neurone de garde à la recherche d’une phrase quelconque de remerciement, quand il s’approcha (malheur à moi !) de mon visage tout en me plantant quelques cinq centimètres d’index dans les côtes :

“T’sais quoi mec, j’vais t’remercier à ma manière pour ton geste (pour le remercier du sien j’envisageai déjà une fuite en bonne et dû forme), j’vais te donner un secret de mec du voyage !”

Qu’il me soit permis à partir de maintenant de prendre les rênes du discours (comme le père noël, pareil !) dans un soucis de clarté bien légitime.

Il se mit dès lors à me parler à voix très basse :

“Lorsqu’on a autant bourlingué que moi, on voit et on entend des choses un peu étranges t’vois ?

Un jour que je me baladais sur l’avenue, le cœur ouvert à l’inconnu… je décidais curieusement de me détourner de mon chemin habituel pour me diriger vers les quartiers chics. Histoire, de me faire, comme qui dirait,  une petite tranche de rêve devant les belles boutiques du coin. Je m’arrête devant une belle boutique du coin justement, je m’ouvre une petite poubelle histoire de rentabiliser le déplacement, quand j’aperçois au fond de celle-ci, un petit livre relié cuir style reader digest ! Je l’attrape, pasque c’est pas parce qu’on vit dehors qu’on s’cultive pas, hein, et je me le feuillette sur le trottoir.

Seulement j’avais pas tourné deux pages que je me sens soulevé de terre par le colbac et jeté au loin avec un petit mot d’amour dont je te ferai la grâce mais qui m’a fait presque aussi mal que mon atterrissage !

Là-dessus je me relève pour lui donner la réplique, quand je vois à mes pieds, tombée pendant le “voyage”, une petite liasse de feuilles (pas de billets évidemment !) jaunies. Je ramasse, je déplie et je tombe de haut (j’avais pas vu venir le bord du trottoir).

Je me remets de mes émotions et me plonge dans la lecture de l’affaire, et quelle affaire !

Ca racontait une histoire de dingue. L’histoire d’un marin d’y a trois siècles qu’étais partis voir si y’avait déjà des buildings au nouveau monde ou éventuellement un petit peu d’or à se faire.

Sauf que le gars, il avait découvert un truc encore plus balèze. En pleine mer, il avait vu passer une fleur, j’te jure, une fleur magnifique comme on en avait jamais vu avant… et pourtant dans les bars à marins il avait dû en voir un paquet des jolies p’tites fleurs”. Il s’interrompit pour se bidonner un brin…

“J’reprend, j’reprend ! Il l’avait juste entr’aperçue et il aurait pu parier ce jour là que personne en avait jamais vu de comme ça.

Après ça y parlait de… de coloris sans-nul-autre-pareil, de douce-et-délicate-flaveur-qui-malgré-l’éloignement-avait-pu-transpercer-les-embruns-pour-le-saisir-plus-sûrement-que-son-capitaine-les-jours-de-mutinerie, un poète ç’gars là, pas vrai ? bref, il était sidéré comme toi ou moi on l’aurait été en croisant un géranium sur le marais Poitevin.

Après ça, il a plus eu qu’une seule idée en tête, retrouver la dite fleure pour l’offrir à l’élue de son cœur (moi je l’aurai bien calée dans une boutanche de ma connaissance, elle mérite bien ça !). Et des années qu’il y aurait passé. A plus revenir à terre, en s’engageant sur un bateau puis l’autre dans l’espoir de la réapercevoir. Et pis un jour, un jour de tempête évidemment, il l’a revu, et c’est là que ça devient énorme mec, il l’aurait revue, j’te jure tu vas pas en revenir, rien que d’y penser…  j’me dis qu’ça mériterait presque encore un p’tit quèk chose…

” je m’exécutais !

- Toi t’es un vrai mécène bonhomme ! il l’a revue que j’disais et devine où ?… sur une baleine ! fou non ??? sur une de ces grosses bêtes là, à l’endroit où elles jettent de l’eau vachement haut quand elles respirent…

T’as pas l’air aussi subjugué que moi mec ! En même temps vu comme j’me dessèche, j’crois qu’y va falloir que j’te quitte maintenant”. Et il se barra cet espèce de gros con qui m’avais ferré à mort avec son histoire de plante marine là… enfin… j’le pourris dans le feu de l’action, mais c’est parce qu’il a fallut que je comprenne la fin tout seul.

La fleure en question, j’ai fini par savoir comment elle s’appelle.

Ben oui, en fait c’était juste un gars avec une imagination d’enfer ce mendiant et si j’avais su, je lui aurais sans doute donné bien plus d’argent rien que pour le trait d’esprit et pour qu’il me parle de sa vie à lui.

Parce qu’un jour, alors que je me baladais sur l’avenue… je suis passé devant la porte d’un bar et là, tout m’est revenu. L’histoire de l’exploration, du voyage, le marin égaré à sa façon dans un rêve inaccessible et incroyable…le bar, il s’appelait comme la fleur qui nichait dans l’évent de la baleine… et la fleur, et ben elle s’appelait…

… “La rose d’évent”…

Le bar s’appelait réellement (il s’appelle peut être encore d’ailleurs) « La rose des vents ». Quant au jeu de mot avec la baleine, l’inspiration a ses raisons que la raison ne connaît pas plus que le coeur. C’est étrange non ?

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2 commentaires

  1. Publié le 19 avril 2009 à 10:05 | Permalien

    Excellent récit, Nous sommes tous un peu les enfants de : Hermann Melville… Nous cherchons désespérément notre baleine blanche.

  2. admin
    Publié le 19 avril 2009 à 14:42 | Permalien

    Écoute, ma mère ne m’a jamais présenté ce monsieur… Par contre, le solo de batterie du Moby Dick de Led Zeppelin, ça…

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