Récit des goûters de l’enfance

Vous vous souvenez ? Mais siiiiii, on humait l’heure imminente du goûter à des kilomètres à la ronde. L’odeur du gâteau qui sortait du four et qui n’aurait sans doute jamais la chance de refroidir.

Moi c’était du kouglof. Étourdissant ! Moelleux, parfumé, délicat. Je me souviens du vieux moule qui contenait ces merveilles. Noirci par les années et les utilisations. C’est sûr, je n’étais pas le premier à frétiller à l’idée de déguster un de ses miracles. Et l’amande. Ah l’amande ! Le bonheur suprême de dévorer le morceau de gâteau par le bas pour ne conserver à la fin que l’amande grillée qui s’était doucement torréfiée au fond d’une des grandes stries du plat. C’était le couronnement gustatif, le comble du bonheur, le p’tit Jésus en string panthère pardonnez-moi l’expression !

Ou alors la tarte au streusel (prononcez « chtreuillezeul »). Une merveille venue d’Alsace, pleine de beurre, de sucre et de cannelle. Sur une pâte levée rebondie de bonheur, je revois ma grand-mère en train d’émietter entre ses doigts la préparation, avant de confier tout cela aux bons soins du grand four.

Quelques interminables dizaines de minutes plus tard elle était là. D’abord l’odeur. Reconnaissable entre mille. Le genre de parfum qui vous saisit les naseaux, vous décolle de terre pour vous amener en transe au bord de la table.

A l’époque, j’avais les yeux juste au dessus de la longue table de bois à l’épais plateau bleu. Je la voyais, trônant, arrogante sur son assiette de verre noire. Elle exhalait son parfum au long de grands panaches de fumée qui venaient me narguer cruellement. Juste pour me rappeler ce que je risquais si j’étais trop impatient pour attendre mon tour.

De mon côté, je maudissais ces curieuses traditions qui exigeaient qu’on ne la dégusta que « tiède ». TIÈDE ! Tiède, ça voulait dire pas tout de suite. Ça voulait dire « plus tard ». Et plus tard, ça ne voulait dire que « souffrance » dans mon vocabulaire d’enfant.

Enfin, ce n’est pas comme si j’avais eu le choix n’est ce pas ? Alors, je m’occupais comme je  pouvais, je faisais comme si de rien n’était. Mais je me promettais que bientôt, on verrait ce qu’on verrait ! Et j’en voyais une qui, une fois perdue sa chevelure odoriférante, se trouverait confrontée à l’adversaire le plus implacable qui soit, mon appétit.

Et puis à force d’attendre, je m’absorbais pour de vrai dans mes activités palliatives. Et du coup, je sursautais presque quand on m’appelait enfin à table… Branle bas de combat ! Toutes affaires cessantes, je courais jusqu’à la salle à manger. L’odeur était encore là. Mais cette fois, plus de faux fuyant. C’était une affaire d’homme à homme. Ou plutôt de petit garçon à tarte au sucre.

J’étais impitoyable. J’étais insatiable. J’étais enchanté. J’étais comblé. Et puis j’étais frustré. « Ca suffit, tu en as déjà mangé deux parts. On dirait un troupeau de dobermans ! ».

Bien joué la tarte. Fallait y penser à la manipulation des adultes. On en rediscute demain…

Vous en avez sans doute vous aussi des souvenirs (quasi inavouables) d’irrésistibles goûters. Vous racontez ?

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6 commentaires

  1. faffou
    Publié le 17 avril 2009 à 17:10 | Permalien

    oh mon copain tu me fais rêver!!! j’aime bien ton histoire de gouter car tu sais que le gouter c’est ma seule religion! ça m’a permis de trouver mon mari, un homme qui fait des fondants aux chocolat et des crêpes a chaque fois que je suis malade… DING, oh le four, ben oui je suis malade!!!
    le gouter c’est réconfortant et ça ravigote!!!!

  2. admin
    Publié le 17 avril 2009 à 18:27 | Permalien

    Un docteur à la maison (tiens oui, ça fait Dr House) qui manipule le meilleur des remèdes du monde. C’est beau l’Amour, et elle est belle aussi ton histoire petite Fun8.

  3. Framboise
    Publié le 18 avril 2009 à 19:45 | Permalien

    Tu dis le kouglof ou la tarte
    Et tu me fais penser à de très vieux gouter que j’avais oublié
    Ma grand mère me faisait des tartines de beurre avec du chocolat râpé dessus c’était délicieux moi aussi j’avais juste la tête qui dépassait de la table avec la nappe à carreaux vertes et blanche
    Tres difficile à faire la tartine de beurre avec du chocolat râpé dessus il faut le bon pain le bon beurre et le chocolat poulain avec le papier jaune et le cheval rouge dessus
    Les ingrédients d’aujourd’hui ne m’ont jamais permis de retrouver ce gout ni cette odeur (parce que figures toi que la tartine de beurre avec du chocolat râpé dessus à une odeur et Oui!) mais je le reconnaitrais entre 1000 si un jour…
    Nous sommes entre la madeleine de Proust et Freud mais j’aime bien ce que tu écris et comme tu écris continue…
    Bizoux

  4. admin
    Publié le 18 avril 2009 à 20:52 | Permalien

    Ah ouiiii les tartines de beurre au chocolat (moi c’était du Nesquick avec Groquick dessus). Génial ça. Je ne sais pas ce que Freud dirait mais c’est si bon de se lover dans ce genre de souvenirs.
    Ça sent bon, ça tiens chaud et ça donne envie de faire pareil pour les siens (quand on a des siens sinon c’est pour soi et c’est très bon aussi).
    Merci beaucoup pour ce joli souvenir et à bientôt.

  5. valerie
    Publié le 23 avril 2009 à 23:06 | Permalien

    oups! le défit va être dur à relever pour que mon adorable petite fille puisse avoir de tellement merveilleux souvenirs de goûters chez moi!
    pour moi, c’était le miracle de la « soupière en inox » de ma bonne-maman dans son placard : il y avait toujours des surprises genre tablette de chocolat dedans (denrée quasiment inconnue à la maison). Sinon le meilleurs, c’était les framboises dégustées sur pied en saison…. tièdes et délicieuses, une pour le panier, une pour moi… et les confitures de rhubarbe ou de prune… des saveurs uniques car concoctées avec amour! un temps ou je ne dépassait pas non plus de la table (comment ça c’est encore vrai?)un temps qu’on ne peut revivre que dans ses souvenirs, en plus lumineux et plus coloré.
    délicieux souvenirs…

  6. admin
    Publié le 23 avril 2009 à 23:27 | Permalien

    Mesdames, Messieurs, ma mère, sa poésie et sa tendresse… et les super bonnes confitures de ma grand mère dont je n’ai pas parlé dans mon billet. Merci maman. Je n’ai pas parlé de tes merveilleux profiteroles au chocolat ni de tes gâteaux de génie mais j’y pense très fort.

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