Les contes des amis d’Al Suite et Fin (pour ce conte en tout cas)

Ça y est, c’est la fin ? Eh oui. Le fin de l’histoire de Juan et de la cité suspendue. Pour ceux qui arrive, toute l’histoire est là. Et maintenant, asseyons nous pour écouter le fin du récit d’Al.

La suite de la vision fut plus brouillée. Il voyait des scènes passer devant ses yeux à grande vitesse. Seuls quelques mots émergeaient de cette bousculade mentale. « Magnétisme », « Minerai », « Pénurie », « Sommeil », « OUBLI », « Oubli », « oubli »…

Il se trouva au dessus de grandes carrières. Des hommes et des femmes creusaient avec des machines qui lui étaient inconnus. Noirs de la tête au pied, ils charriaient des sortes de charrettes de métal. Elles étaient vides. Ils paraissaient désespérés. Devant l’entrée d’une excavation, un vieil homme pleurait seul, passant ses mains noires de crasse sur son visage humide et fripé.

Il vit encore une grande procession, semblable à celle qu’il avait vues auparavant sur les murs de la Tour Écarlate. Elle était composée de centaines de gens en colère. Certains portaient encore les grandes lunettes des « volants », ceux qui utilisaient des plateformes volantes. Maintenant ils marchaient comme les autres. Tous ces visages étaient contractés par la peur et le chagrin. Ils se massaient tous au pied de la tour rouge sang. Ils hurlaient, scandaient, appelaient encore et encore. Le son vibrait, les oreilles de Juan lui faisaient mal. Il sentait son esprit ployer sous la pression du vacarme haineux de cette foule terrifiée et vengeresse.

Puis il se trouva de nouveau au sommet de la Tour Écarlate. Les trois hommes qu’il avait vus plutôt étaient là. Ils se tenaient au dessus de la foule, les bras écartés. Ils se regardèrent un long moment. Fermèrent les yeux en hochant la tête d’un air d’abattement profond. Puis ils relevèrent la tête dans un ensemble parfait, s’approchèrent du bord de la plateforme qui coiffait cette tour funeste. Juan voyait leurs pieds s’approcher du bord, lentement.

La foule ne pouvait rien voir en contrebas, ils étaient si loin du sommet à présent. Ils étaient condamnés à ramper, à vivre au sol à cause de la négligence de leurs dirigeants. De leur propre négligence aussi, mais cela, ils ne pouvaient le voir ni le comprendre. Pour eux, la Tour les avait amenés à ce désastre et devait expier. C’était cela qu’ils scandaient dans l’aveuglement de la désillusion.

Peut importait qu’ils aient eux-mêmes pillé les ressources du minerai qui leur offrait le don de sustentation. Peu importe que leur arrogance les ait menés à leur perte. Il voulait des responsables et ils les auraient.

En haut, les trois se tenaient là, les bras écartés, le visage battu par ce vent si particulier qui ne souffle qu’en très haute altitude. A part eux, ils songeaient. Qui leur dirait quoi faire ensuite ? Plus personne pour assurer les rituels ni lire les anciens manuels. Plus de travail du Minerai. Mais ils voulaient la vengeance. Ils l’auraient. Ils tomberaient dans l’oubli et la ville avec eux. Ils tomberaient… ils sautèrent. Tous les trois, en même temps. D’un même geste. D’un même envol. Mais pas de flottaison. Pas cette fois. Pas de direction autre qu’une vaste courbe et puis la chute à-pic. Vertigineuse. Si rapide. Et si brève. Juan était au-dessus d’eux tandis qu’ils tombaient. Ils vit leurs trois visages exprimer un  regret identique. Il vit leurs larmes scintiller doucement pendant la chute, comme voulant remonter sur la plateforme tandis que les corps déjà sans vie, asphyxiés par la chute, tombaient vers cette fin inéluctable que vous entrevoyez vous aussi.

Juan vit le sol se rapprocher, la foule, les tours qui défilaient à l’envers, les passerelles dont aucune ne partait ni n’arrivait jusqu’à la Tour Écarlate. Il distinguait de plus en plus de détails de l’activité qui se déroulait en bas et qui semblait foncer sur lui. Si vite. Et puis…

Il ouvrit les yeux et respira comme on l’eut fait après une longue apnée. Une grande goulée d’oxygène, comme s’il respirait pour la première fois. Ses yeux mirent un instant à s’ouvrir et un autre moment à s’habituer à la lumière. Il se trouvait couché sur le dos. A ses côtés, Fred était toujours inconscient.

Les souvenirs lui revinrent comme une claque mentale. Il voulut se relever mais tout son corps se rebella et s’opposa à ce projet. Il était totalement engourdi, mâché, endolori. Il regarda autour de lui.

Fred et lui étaient allongés sur des paillasses grises en plein air. Il se redressa sur un bras en observa encore. Il connaissait ce lieu. Il lui revenait en mémoire, charriant un malaise qui l’amena près de la nausée. Ils étaient sur la plateforme en haut de la Tour Écarlate. Celle-là même dont s’étaient jetés les trois, dans sa transe…
—-
Al s’assit, visiblement fatigué par le récit et le rythme qu’il lui avait insufflé. Il s’assit. Son front était en sueur. Il regardait dans le vide. Ses derniers mots n’avaient été qu’un souffle. Visiblement, ils charriaient en lui une douleur terrible.

« Lorsque Juan en vint à ce moment de son histoire telle qu’il me la racontât il y a de cela des années, ses paroles devinrent décousues, comme elles l’avaient d’ailleurs toujours été depuis son retour d’expédition. Il y fut question de bien des choses. De bien des images étranges, de serments, de regrets. Mais il me fit jurer de ne jamais laisser l’histoire de cette cité « tomber dans l’oubli » comme il le disait lui-même.

Juan se passa la main sur le visage dans un râle. Ses yeux brillèrent un instant à la lumière du feu de cheminée. Puis il se ressaisit, se redressa, fit face à son auditoire et dit en montrant chacun du doigt.

« Il n’appartient qu’à nous d’éviter à notre monde de tomber dans l’oubli à cause de notre vanité. Je crois que c’est ce que nous devons retenir de cette histoire et de ce vieux Juan.
Allons, allez dormir mes amis, que la nuit vous soit douce. En attendant la prochaine histoire des amis d’Al ».

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2 commentaires

  1. Fix
    Publié le 30 avril 2009 à 21:32 | Permalien

    Hein ? Quoi ? C’est deja fini ? On ne peut pas en savoir plus ? Dommage, la cité s’annonçait grandiose. Yves PLEAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAASE CONTINUE ! ! ! !

  2. admin
    Publié le 30 avril 2009 à 21:37 | Permalien

    J’hésite tu sais. Peut être puis-je envisager de développer la cité suspendue en écrivant ce qui s’y passait à l’époque où tout était peuplé. J’ai queuqles idées là dessus.

    Merci de ton soutiens et pour cette demande. :-)

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