Les contes des amis d’Al 3e épisode

Al revient ou plutôt poursuit son récit des aventures de Juan Feliz, pirate, capitaine du Damascus et découvreur d’une étrange citée suspendue abandonnée ou du moins déserte. Si vous avez raté le début de l’histoire vous pouvez vous reporter au premier et au second épisode. Et maintenant, replongeons nous dans les contes des amis d’Al…

Pas de porte ici. Juste des rideaux blancs, diaphanes. Et ces curieuses parois lisses, tellement lisses. Pas de blocs apparents. Pas de joints, pas de mortier. Comme si les tours avaient « poussées ». Comme si elles avaient été érigées d’une seule pièce, d’un seul tenant.

Qui avait bien pu imaginer et créer une telle place ? Voilà qui dépassait de loin l’imagination de ces marins mi effrayés, mi subjugués par la pureté de l’endroit. On ne pouvait s’empêcher de lever les yeux au ciel, comme pour essayer d’en voir le faîte. Mais il était parfaitement impossible de percevoir où s’arrêtaient ces bâtiments. On aurait dit qu’ils se perdaient dans les nuages. Des nuages bas d’ailleurs et assez noirs à vrai dire. Ce qui était étonnant parce qu’on n’avait pas l’impression que le soleil ait brillé moins intensément. On sait le caractère imprévisible que peut avoir la météo sous les latitudes proches de l’équateur et la violence des pluies dans ces régions.

Le fait est que l’un des marins sentit la première goutte lui tomber sur le nez. Bientôt suivie par un véritable torrent de pluie. De ces grosses gouttes qui vous détrempent jusqu’à la moelle en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Les marins se regardèrent une seconde, puis ils se rendirent à l’évidence, il fallait se mettre à l’abri avant d’être totalement mouillés eux et leur paquetage.

Le capitaine Juan s’engagea le premier dans le fût le plus proche, suivi de près par les hommes d’équipage. Ils se serrèrent dans une salle de peut être 20 mètres carrés, regardant le déluge s’abattre dehors sur la cité endormie. Ils entendaient les échos de la pluie se répercuter infiniment sur les toits, les passerelles et les murs de la cité. Puis, frissonnants, ils se retournèrent et virent la pièce.

Un sol blanc, pas de dalles mais des motifs géométriques hypnotiques sur toute la surface de la pièce. Aucun meuble, pas de bruit, pas de tableaux ni de tentures. Mais dans le fond, un vaste escalier en visse s’élevait jusqu’au plafond et dans les hauteurs de la tour.

Ils se décidèrent tous, dans un regard. Juan, toujours en tête de la file s’approcha de la volée de marches. Les marches d’ailleurs, étaient faites d’un matériau qui lui était inconnu. Pas du bois, pas vraiment de la pierre. Comme de l’ivoire peut être, mais sans être exactement de cette teinte un peu jaunâtre qu’aurais dû avoir cette matière après des années de contact avec l’air.

Lorsqu’il posa son pied sur la première marche, il s’attendait à une sorte de grincement, de craquement quelconque mais rien ne vint. Il s’élança alors, suivi de son équipe. Ils avançaient d’un pas mal assuré, s’arrêtant à chaque étage à la recherche… de quoi d’ailleurs ? Ils étaient si stupéfaits et tendus qu’ils avançaient réellement sans but précis en tête. Juste une sorte de fascination qui exigeait d’être satisfaite.

Les salles se ressemblaient toutes, immaculées, toutes habillées au sol de ces curieux dessins répétitifs et complexes. Pas le moindre meuble pourtant, ni aucune trace de vie, de feu, d’aliments ou d’objets usuels.

Ils montaient ainsi quand ils arrivèrent au premier « carrefour ». Ils se trouvaient dans une sorte de plateforme couverte par la suite de la tour, mais qui s’ouvrait sur trois arches dans des directions différentes. Sous chaque arche se lançait dans le vide une passerelle de bois surmontée de deux cordes qui servaient de rambardes. Chaque passerelle allait se fixer dans une autre tour quelques dix à vingt mètres plus loin. Ils se rendirent compte à cette occasion que la pluie avait cessée. Comme si elle s’était déclenchée à dessin, les poussant à pénétrer dans les bâtiments.

Ils virent également qu’ils se trouvaient maintenant à au moins trente mètres du sol. L’un des marins mit un pied sur l’une des passerelles, leva les yeux et poussa un juron d’admiration presque murmuré. Il appela ses compagnons à venir voir au dehors.

Juan s’approcha et ne pu réprimer lui aussi une épithète colorée devant le spectacle qui s’étendait devant ses yeux. A perte de vue et s’élançant visiblement au-delà des nuages, un maillage incroyablement étroit de passerelles identiques à celles qu’ils voyaient là se déployait entre une quantité étourdissante de tours et tourelles attachées aux fûts principaux. Il s’agissait d’un véritable réseau routier qui menait visiblement aux quatre coins d’une ville qu’ils devinaient titanesque. Juan se signait rapidement d’un signe de croix sur la poitrine (il est vrai que c’était une vision à vous donner de la religion) tandis que les marins se pressaient avec lui pour voir. Il se trouvait pressé d’avancer vers le milieu de la passerelle tandis que les hommes  étaient de plus en plus nombreux sur l’agrégat de planches. Tout à coup, un sinistre craquement les rappela à la raison. La passerelle se révoltait visiblement contre ce traitement de masse et faisait entendre des signes de faiblesse.

Rappelons-nous qu’ils se trouvaient à cet instant à quelques trente mètres au-dessus du sol. Le genre de chute dont on ne se remet pas facilement. Fort heureusement, les marins étaient habitués à réagir promptement en situation de danger et en moins de temps qu’il ne faut pour le dire ils avaient rejoint l’abri opportun qu’offrait la tour.

Cependant, cet incident ajouté à la bizarrerie de la découverte et à l’ambiance étrange qui se dégageait du lieu ne rassurait personne. Bien au contraire. Il se chuchotait dans l’assistance des messages de prudence quand ce n’était pas de fuite pure et simple.

« Après tout, c’est pas naturel comme endroit ». « On a rien à y faire ». « C’est hanté, j’ai l’impression de sentir un main sur mon épaule ». « C’est normal, c‘est la mienne ». « Imbécile ». « Ta gueule ». « Barrons-nous d’ici et vite ». « C’est maudit ici ou j’m’y connaît pas ». « J’préférais la tempête, au moins on sait où on va avec les tempêtes »…

Juan décida de prendre les devants : « Écoutez-moi bien bande de lâches. Que ceux qui veulent connaître le fin mot de l’histoire m’accompagnent. Je sens d’ici les richesses amoncelées au sommet de ces tours étranges. Les autres, qu’ils aillent au Diable. Retournez au navire et préparez notre retour. Les avaries sont nombreuses et je ne retiens pas les charpentiers en herbe ».

Ainsi parla Juan. Ainsi fit la majorité de l’équipage. Nombreux furent ceux qui ne se voyaient pas une âme de découvreurs et qui préféraient retourner s’occuper de ce qu’ils connaissaient. Pour tout dire, ils ne restèrent que quatre. Le capitaine Juan évidemment, Edson le chirurgien et James et Fred, deux jeunes marins au cœur bien accroché et à la fidélité sans faille à leur capitaine.

« Bien. Mes amis, dis Juan, nous tirerons cela au clair et nous trouverons où les habitants de cette étrange cité rangeaient leurs pacotilles. Au Diable les trouillards et vive les audacieux, si peu nombreux soient-ils…  Commençons donc par trouver le cœur de cette ville.»

Dans le prochain épisode, Juan et ses compères pénétrerons au coeur même du mystère de la cité suspendue. Vous serez là ?

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